Vu dans PRATIQUE DES ARTS N° 52 (photos: Thierry MERCIER)

Dans ses voyages en Afrique du Nord, le peintre Roland CHARBONNIER va vous expliquer comment capturer cette extraordinaire lumière qui, avant nous, avait tant fasciné les orientalistes du XIXème siècle. Reprenons nos photos de vacances...

Sur une toile, l'esquisse est réalisée au crayon Sanguine, puis une première coloration sera réalisée à la peinture à l'huile diluée d'essence de térébenthine.
Cette étape, appelée ébauche, donne déjà une 1ère idée des harmonies, qui vont peu à peu s'accentuer.
 

Après avoir réaliser le fond du tableau, les premiers plans requièrent un travail plus détaillé, afin de ne pas perdre le dessin d'esquisse. Mais l'ensemble reste encore très suggestif.
 

Les couleurs employées, peinture à l'huile extra-fine LEFRANC:
° Bleu LEFRANC, Bleu Outremer
° Vert oxyde de Chrome, Terre verte, Vert Anglais
° Jaune Japonais clair, ocre jaune
° Terre de Sienne naturelle et brûlée
La palette peut s'enrichir de rouges (rouge Rubis, Laque de Garance cramoisie, ocre rouge) et de violets (Violet de Cobalt clair et Violet Minéral n° 2)
 

L'ébauche terminée, l'essence de térébenthine doit être remplacée par un médium plus gras: ici Roland choisit le médium Vénitien.
Ceci est une règle primordiale en peinture à l'huile, consistant à toujours peindre "gras sur maigre", c'est-à-dire avec un diluant de plus en plus riche en résine, pour assurer un séchage à coeur et sans craquelures.
 

Le relief des montagnes est modelé à la brosse ronde, avec un mélange de violet et d'ocre blanchi. Une petite bande blanche permet de mieux séparer les montagnes.
 

Roland alterne un blanc ocré pour les façades exposées à la lumière et un ton intermédiaire, plus orangé, pour celles situées dans l'ombre. Il ne faut pas oublier les ombres portées, d'un violet empreint d'orangé.
 

Avec un pinceau fin, la ligne des maisons est redessinée, tout en arrondissant les angles. Un violet foncé pour les fenêtres et la laque de garance pour l'ombre des pierres.
 

Il est important de bien respecter la progression des plans en allant toujours du clair vers le foncé et du flou vers le détail.

 

Les ombres de l'oasis se composent de violet et de vert, un ton repris dans un deuxième temps pour accentuer les contrastes.
 

Vient le tour du dromadaire: sur une première couche ocre, des lumières blanches sont posées, puis des ombres en violet pur. De l'orangé accentue la selle, la même couleur affirme les lignes de l'animal.

Images ci-dessous: La présence du chamelier dépend du travail des plis de son vêtements. Des petites touches d'herbes aident à animer le premier plan.
Le dromadaire se reflètent dans l'Oued d'un bleu violacé: de petites touches verticales aident à suggérer sa forme imposante.
  

Après une attente de 3 à 4 jours, le ciel est repris avec un bleu Outremer mélangé au médium, afin de le rendre plus transparent. Cette 2ème application de couleur très douce s'appelle un glacis. Il permet de renforcer la luminosité du ciel.
 

Les glacis permettent d'accentuer les contrastes entre les zones claires (lumières) et les zones foncées (ombres) en augmentant sensiblement les valeurs et la profondeur des couleurs.
  

Toutes les ombres bénéficient de glacis violet: l'oasis, le dromadaire, l'eau. L'artiste veille seulement à les nuancer différemment selon les zones.
 

Les glacis ont permis de recréer ce "voile d'air" propre à l'Orient. Le tableau est terminé.